Ligne-Art

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Vitrine artistique des oeuvres de Denis Lintz & Sylvie Gambetti

L'Art de la Poésie Brève

Le Tanka

Le Tanka est un poème court à caractère universel d'origine japonaise de cinq vers alternés 5,7,5,7,7 syllabes. Sa brièveté est très moderne et se trouve au coeur de nos échanges (internet, SMS, Twitter...).
Cette forme est utilisée par le poète pour exprimer un sentiment momentané qui rapelle celui du peintre impressionniste. Il peut être profond, philosophique ou douloureux mais toujours "musical", sans rime.
Le Tanka est plus personnel que le Haïku, on considère davantage le sentiment, le statut du poète en tant qu'être humain (en cela il ressemble à notre quatrain ou quintile).
Dans l'expression de la "nature" la description est plus précise, concrète, proche de ce que l'on aperçoit ; pour la partie "intérieure" la poésie est plus abstraite et porte sur ce que l'on ressent intimement.
C'est l'assemblage de l'image concrète et du ressenti qui éclaire le lecteur sur les préocupations du poète.

Aux atrocités
à la violence du monde
j'ai fermé la porte
mais mon coeur reste attentif
et je souffre tout de même

Denis Lintz d'après RYÔKAN

Tankas, Denis Lintz


Des oiseaux de mer
un grand lac tout éphémère
nos yeux sur leurs ailes
clignent des étoiles blanches
dans nos ciels on redescend

© D.Lintz

Zone commerciale
le macadam se fissure
un monde sans âme
lézard sort de sa crevasse
comme pour me faire mentir

© D.Lintz

Flipper et Juke-Box
au café de ma maman
où est-il ce temps
il est là dans ma mémoire
je le garde bien vivant

© D.Lintz

Dans le silence
le cheval, l’homme, la charrue
préparaient la terre
j’aurais voulu entendre
la beauté de leur effort

© D.Lintz

Mésange grelotte
sur les pavés du marché
elle se laisse prendre
dans ma moufle un petit nid
son souffle près de mon coeur

© D.Lintz

La vallée m'attire
dans ses sillons blancs de givre
ses brouillards glacés
je me croyais seul au monde
des pas me disent que non

© D.Lintz

Pas une ride
tes opéras cher Mozart
traversent le temps
Sélim le sage pardonne
ouvre les portes au sérail

© D.Lintz

Transi sur sa branche
la neige couvre ses ailes
Monsieur tourterelle
a perdu sa demoiselle
sa belle sa bien aimée

© D.Lintz

Ginkgo parle seul
d’Asie, de soleil levant
éventails dorés
sur notre sol étranger
tes racines se souviennent

© D.Lintz

La cloche sonne
des prières l’accompagnent
tombent les marrons
la fontaine pétille
l’eau transparente, la vie

© D.Lintz

Les ramiers détalent
martin pêcheur rase l’eau
les geais jacassent
« moi je reste planté là
muet comme une carpe »

© D.Lintz

Ivresse de l’âme
l’épouvantail se sent seul
mille vendangeurs
une grappe d’étourneaux
au sommet d’un cyprès bleu

© D.Lintz

Tu vas, tu viens
ton petit corps dans ma main
grive solitaire
le saule te porte en son cœur
de deux nids, il fait le lien

© D.Lintz

Belles nomades
vos chants remplissent la nuit
Avés envolés
des oiseaux de passage
au ciel des voix sauvages

© D.Lintz

Retourne la terre
l’hiver fera son œuvre
retourne à la terre
ventre au ciel, ciel au ventre
la glèbe deviendra poussière

© D.Lintz

Eau des aurores
tes gouttes sonnent la tuile
dormeur éveillé
dans la nuit le vent s’est tu
planait un silence nu

© D.Lintz