Ligne-Art

LIGNE-ART

Vitrine artistique des oeuvres de Denis Lintz & Sylvie Gambetti

Art Littéraire

La Poésie

Expression poétique personnelle, la poésie libre est empreinte de lyrisme et le sens du sacré y est omniprésent. Thèmes privilégiés : l'évolution de la société, l'homme et la nature sacrifiés, la rêverie, les souvenirs d'enfance.

“ ... Et puis un jour - souvent lors d’une rencontre amoureuse, le cœur en émoi - la poésie vient à nous et l’on écrit son premier poème ; puis la vie nous emporte sur ses grandes ailes et la poésie "elle", tombe dans les limbes de l’oubli.
Mais si vous êtes poètes curieux d’âme et d’invisible, le chant intérieur "lui" ne meurt pas et tôt ou tard il va chercher à refaire surface. Les mots sonnent à votre porte ils veulent exister, chanter l’Amour et la Révolte et la Nature et les Hommes « TOUT QUOI », tout est sujet à faire de la poésie !
Seul avec lui-même l’imaginaire du poète nous égare, construit des univers, se joue de la camarde, dénonce les injustices … il voudrait tant que le monde soit plus beau ! ”
Denis Lintz

"L'art ne fait que des vers, le coeur seul est poète" (André CHÉNIER)

Poésies, Denis Lintz


Crépuscule


Seul
le long des rivières
pas une âme qui vive
au travers du gris
sur le fil de brume
naissent … des lumières blanches

Lentement
elles glissent sur les eaux
viennent à lui
deux cygnes s’avancent

L’homme
sans bruit les contemple
un monde les sépare
.................................................

mais voici qu’ils dérivent
aux cascades du temps
au présent de l’instant
paradis des silences



© D.Lintz


Ligne-art-Poésie-le temps qui passe
Extrait du poème "Rue du petit chemin"|Photo~poème ~ D.Lintz





Balade du soir
ballade d’un soir
l’astre lumière
va quitter ma terre
ce n’est qu’un au revoir

L'espace d’un instant
sans me brûler les yeux
j’ai pu te contempler
ô toi, ô soleil couchant
voyageur d’éternité
tu es jeune, je suis vieux

© D.Lintz

De fini en infini


La vallée s’étire
la rivière se devine
aux bouquets des saules
aux herbes sèches
blotties au pied des fils qui blessent
enferment les vaches blanches

Aux ventres des mères
les nouveaux nés se rassurent
l’innocence s’immacule

Plus loin
un village aux tuiles rouges
son clocher d’ardoises
son phare de nuit

Tourné au nord
le coq girouette se perd
aux vapeurs bleues
des collines et des bois
déjà sous l’emprise du ciel

Mariage ancestral
et de terre et de vide
l’horizon tire
sa révérence finale
vieille frontière
passer au travers
… je chausse mes ailes

© D.Lintz


Ligne-art-Poésie-âme
Sur votre âme|Photo~poème ~ D.Lintz


Voyageuse


Rivière ô ma rivière
Des croisées de ma fenêtre
Tu sembles immobile
Je sais pourtant que tu files
Que tu cours comme une folle
Creuser d’autres terres
Sentir d’autres cieux
Caresser ton onde frivole

Innocente
Le fleuve te prendra
Au confluent de ses bras
Gonflera sa poitrine d’atlante
Te roulera dans ses eaux impatientes
Te fera perdre les sens
Oublier même
Les sources de ta naissance

Ensemble
Au partage des eaux
Vous glisserez vers la grande mer
Peut-être même qui sait, vers l’océan
- Quelqu’un en décidera –
Mais seulement à l’estuaire
Vous croiserez les vents du large
Les embruns salés, les cris du goéland


© D.Lintz


Ecouter la poésie "Voyageuse"

Spirit of St Louis


Fumées en volutes bleues
Perdues dans les airs
Silencieuses arabesques
Dernières traces de matière
Visibles
Puis invisibles
Emportées
Inspirées par les souffles


... à Antoine de SAINT-EXUPERY


                 © D.Lintz

Racines


Les racines dans la terre
La couronne dans les airs
Un tronc qui se dresse
Un voyage de sève
Un seul et même arbre
Un seul et même homme

© D.Lintz


Ligne-art-Poésie-Ardèche
Ardèche|Photo~poème 35x23 ~ D.Lintz


Derrière la verrière


Bien au chaud
au creux du petit vallon
s'attardent les eaux tièdes
douces toisons
où nichent les oiseaux

Comme tombé du ciel
un vent d'amour s'y engouffre
promène son archet
sur les cordes tendues
de l'innocente Roselière

Voici qu'ils se balancent
au son des musiques qui dansent
se dressent
en brusques saccades mugissantes
marquent la cadence
ondulent
en vagues déferlantes
vacillent
au point d'orgue, s'immobilisent

Le souffle se retire
serpente dans les herbes tendres
dessine
la trace de son souvenir

© D.Lintz


Ecouter la poésie "Derrière la verrière"

Solitaires


Les ventres des forêts
ne sont pas faits pour les foules
pas plus que les hautes mers
les mourantes banquises
les paradis blancs
ils sont pour les voyageurs
les ermites au grand cœur
les penseurs extrêmes
les amis du vent
ceux qui n’ont pas peur
pas peur de la houle
des violentes tempêtes
des colères du ciel
de l’âme qui se brise
ceux qui n’ont pas peur
des hordes de loups, de l’ours polaire
des griffes de l’ennui

longs silences amers
le chant de mes-anges
décibels d’un je t’aime


à Sylvain Tesson


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Solitaires"

Migrantes


Toutes voiles de vent
D’ailes de chants
Mille vagues de grues
Déferlent dans le ciel
S’attendent, tournoient
Construisent, reconstruisent
La proue du navire
Pour aujourd’hui fendre les airs
Mais demain
Cœurs d’hommes, matelots et marins
Trois-mâts, caravelles
Ensemble
Vous irez fendre
Ô Saintes Marie de la mer
Des paradis peints en bleu
D’insondables océans

© D.Lintz


Ecouter la poésie "Migrantes"


Ligne-art-Poésie-Parnasse
Parnasse|Photo~poème 35x23 ~ D.Lintz


De leurs mains


Pas une pierre
pas une essence qu’ils n’aient sculptées
pas une glaise qu’ils n’aient façonnée
sortie des carrières, des bois et forêts
sortie des tranchées
Matière vivante
Matière pensante
il nous faut la réveiller
il nous faut l’éclairer
et nos mains et nos cœurs
et nos joies et nos peurs
avant que n’apparaisse
enfin libérée de sa gangue
la précieuse forme en attente
rencontre amoureuse
Naissance
œuvre silencieuse
Présence

© D.Lintz


Ecouter la poésie "De leurs mains"

Blanche


Seule dans le ciel
la lune éclaire la Terre
elle ne tombe pas
ceinte d'un halo de brume
elle est reine de la nuit
dans mon jardin paradis
le merle mène les choeurs
le roi soleil est ailleurs
je ne suis qu'une fourmi

© D.Lintz

Cataracte


La mort est dans les airs
La mort est à nos portes
Ton énergie n'est pas propre
Ô centrale nucléaire

Vous les magnats du kilowatt
Vous les marchands d'atome

L'uranium vous a assez enrichi
Arrêtez on vous en supplie
Vous menacez la vie de l'Homme
Vous menacez la vie de nos mômes

Déchets nucléaires
Vous pourrissez le coeur de la Terre

Arrêtez de nous mentir
La bonne fée électrique
N'est plus qu'une bombe atomique
Le pire est à venir

Hiroshima, Tchernobyl
ça ne vous a pas suffi

Maintenant c'est Fukushima
La mort a remplacé la Vie
La Nature et les Hommes sont irradiés
Les Enfants vivent enfermés

Malheureux survivants
Honte aux gouvernants

Le Japon a perdu ses Jardins
Sur sa Terre il ne pousse plus rien
De grâce Seigneur écoute ma prière
Arrête à jamais l'arme nucléaire


         © D.Lintz


Ecouter la poésie "Cataracte"

Jeunes hommes


Disciples de Bacchus
Chercheurs d'ivresse
Vous faites fausse route
Gardez clairs vos esprits
C'est debout que l'homme est beau

Aux délires d'Epicure
Préférez les grandeurs de l'âme
Aux comas éthyliques
Les caresses orphiques
Les doux chants de l'amour

Vaillants chevaliers
Vos belles vos bien-aimées
Vous montrent le chemin
De paradis enchantés
De mondes insoupçonnés

En compagnons fidèles
Au-delà des plaisirs vulgaires
Des vieilles fanfaronnades
Vous trouverez des septièmes ciels
De sublimes escapades


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Jeunes hommes"

D'hier et d'aujourd'hui


Les écorchés vifs
saignent au dehors
saignent au-dedans
ne cicatrisent jamais

Chantres de l’amour
chevaliers de justice
porteurs d’idéaux

Ils rêvent de partage
de monde meilleur
d’eau et d’air purs
de paix de silence
… et de chants d’oiseaux


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "D'hier et d'aujourd'hui"


Ligne-art-Poésie-Trois couverts à la huit
Trois couverts à la huit|Photo~poème 25x25 ~ D.Lintz


Noces


Indifférent
à la folie des hommes
le petit ruisseau
fredonne quelques chants
caresse les fils racines pourpres
des saules immobiles
les verts, les jaunes des mousses
aux herbes courtes
... se marient


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Noces"

Matière dernière


Plastique, élastique
Cassant, extensible, filant, collant, fixant
Brillant, transparent, artifice
Couvrant, sac néfaste, dégueulasse
Souillure
Cellophane

Plastic, plastoc
Impure transparence
Impureté, étrangère matière
Envahissante tu salis la Terre

Tu es partout, tu t’installes
Ton règne s’étend
Du fond du frigidaire aux tours incendiaires
Fumées noires, puantes, étouffantes
Asphyxie

Tu dérives sur les océans
En îles du néant
Déchets insalubres
Des hommes qui naviguent
Amalgame lugubre
Poison de mer
Cimetière


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Matière dernière"

Intime promesse


Oui je retournerai
à la source du petit coteau
nos lèvres se sont touchées
un lien secret nous unit

Je te construirai un mur de silence
contre le vacarme des routes
Je te couvrirai de mousseline blanche
contre les souillures immondes

Au plus froid de l’hiver
prisonniers de nos manteaux de glace
je viendrai nous consoler


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Intime promesse"


Ligne-art-Poésie-Invisible
Invisible|Photo~poème 25x25 ~ D.Lintz | Exposition Musée de Gorze 2015


Créatures et Créateur


Paysan des champs
Tu plantes borne à borne
Avoines et froments
A ton oreille l’argent sonne

As-tu seulement pensé
A la belle de mes pensées
A jamais dans ma mémoire
Son image se fait miroir

Toi aussi tu la connais bien
Elle apparaît sur tes chemins
En file indienne ses petits
De notre vie elle fait partie

Sa peur a le droit de vivre
Entre la balle du chasseur
Et la lame du faucheur
La créature se bat pour survivre

Notre-Dame Perdrix
Notre-Dame de cœur
Elle est un peu notre sœur
Où va-t-elle faire son nid

© D.Lintz


Ecouter la poésie "Créatures et Créateur"

Juste un peuplier


Me voilà par terre
certes j’étais un vieil arbre
plus de trois fois centenaires
ne faisant rien sur Terre
que de compter les étoiles
les nuits de pleine lune
je lisais dans les âmes

Pourtant j’aimais tant, les caresses du vent
celles qui faisaient chanter
toutes mes feuilles entre-elles
mes feuilles dorées
à la fin de l’été

Mais quand soufflait sa colère
seul je l’affrontais, et de face s’il vous plait
au premier éclair
je priais Mélisande
je ne suis qu’un bois tendre
une boîte d’allumettes
qu’on plante dans les marécages
les marais d’un autre âge

Un peu de soufre sur la baguette
un bois qui souffre dans les tempêtes
il casse comme du verre
disait mon grand-père
il a fait toutes les guerres
regardez bien ces éclats
au bout de ses doigts
la rouille noircit ses chairs
bientôt brisera
la hache qui le pourfendra

Pas de respect pour les Pépères
alors courez vite leur dire
à ces froids décisionnaires
que je ne suis pas mort
que je viendrai leur gratter le cul
au fond des cimetières

© D.Lintz


Ecouter la poésie "Un peuplier"

Ère solaire, premier acte


Les glaises s'écartent
en profondes crevasses
le soleil brûle
fend les terres du nord
les rues sont désertes
personne ne sort
mon puits est à sec

1976, 2003, 2015
le mercure toujours plus haut
toujours plus dingue

Moteurs, climatiseurs
rejets dans l'atmosphère
excrétions brûlantes
de chaud, les peuples crèvent
fondent les glaciers
les calottes polaires
montent les océans

La Terre est malade
l'Homme et la Terre ne font qu'un
il est lui-même malade

Profonds déséquilibres
combien devront encore souffrir
combien devront encore mourir
avant que cette humanité
prenne enfin conscience
des tristes réalités
l'heure est grave, l'avenir fait peur

Personne n'a le droit
de condamner les générations à venir
il nous faut agir

Le vieux modèle est périmé
pour eux, pour nous je vais changer
changer mes mauvaises habitudes
revenir à l'essentiel
la Vie, l'Air, l'Eau
nous n'avons qu'une seule Mère
elle s'appelle Terre

Aimons la Nature
aidons-là, respectons-là
Elle nous sauvera

© D.Lintz

Éros


La folie amoureuse
Sous les coups de l'horloge
Résiste et puis se loge
A son achèvement
Dans cette ride bienheureuse
Qu'est la tendresse des amants


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Eros"

Des mains


Des mains pour faire le pain
Préparer la terre, semer le grain
Des mains pour construire sa maison
Allumer le feu, couper le bois
Des mains pour filer la laine
Tisser l’habit, combattre l’ennui
Cueillir les fruits de la Terre
Jeter les armes de guerre
Des mains pour des poignées de mains
Des mains pour effleurer ta joue
Des mains pour préparer le repas
Des mains pour tailler la vigne
Protéger la Terre
Déconstruire les centrales nucléaires
Des mains pour boire à la source
Laver son corps et son âme
Des mains pour peindre la toile
Sculpter la pierre, faire courir l’archet
Faire vivre la page blanche
Ecrire des mots d’amour
La lettre du père Noël
Des mains pour éteindre la télé
Ouvrir des portes, faire la ronde
Des mains pour la main de l’enfant
Pour lire dedans, offrir un présent
Gagner honnêtement sa vie
Donner la pièce au mendiant
Des mains pour caresser le chien
Apaiser la douleur des corps
Des mains pour soutenir le vieillard
Bénir la tombe du mort

Des mains … pour mettre au monde l’enfant

© D.Lintz


Ecouter la poésie "Des mains"

Servantes


Penchées sur les lourdes dalles
Les cireuses de pierres tombales
Ecoutent leurs mères défuntes

Derrière les voix du silence
Peut-être même qu’elles entendent
Du chant des âmes les plaintes


                 © D.Lintz


Ligne-art-Poésie-l'arbre s'immacule
L'arbre s'immacule|Photo~poème 35x23 ~ D.Lintz


Le rossignol et la rose


Arrivé au port
Dans le dernier corps
Les yeux fermés
La bouche close
L’étincelle lumineuse
A l’étoile se rallume
Le souffle de Vie
Au vent se remarie
L’âme à l’Esprit
Brûle sa flamme
L’Amour de nos cœurs
A la rose s’exhale
Eglantine
Chante, chante rossignol chante

© D.Lintz

Barrières


Les mémoires entassent
Des haines tenaces
L’histoire n’est faite que de guerre
La Terre emmurée de frontières

Elle n’est qu’une pourtant
Depuis la nuit des temps
Ses enfants l’ont oublié
Oublié le sens d’Humanité

Les mémoires entassent
Des haines tenaces

Effaçons les noires ardoises
Arrêtons de nous chercher des noises
Déchirons tous nos atlas
La Terre les Hommes une même race

Offrons nos ombres à la lumière
Partageons le bon pain de la Terre
Aimons de tout notre cœur
Les hommes Tous, frères et sœurs


                 © D.Lintz


Ecouter la poésie "Barrières"

Mademoiselle Amélie


Il orne la tombe vulgaire
De menthes odorantes
Son âme a fui le cimetière
Son souvenir le hante

Mais passant, que sais-tu d’elle
La pierre parle d’enseignante
Une belle Demoiselle
Une maîtresse... une amante

A l’école communale
Elle est mère elle enfante
Nos mémoires adolescentes
Petites âmes sentimentales
Pour un peu de son savoir
On conjuguent l’auxiliaire avoir
A tous les temps de l’imparfait
On croient que c’est elle qui sait

Fini le vent dans nos sandales
Adieu bel être original
A trop compter avec aisance
On a perdu l’esprit d’enfance

Peut-on un jour le retrouver
Ce paradis des tendres années
Ce monde où tout est innocence
ô temps béni de l’insouciance

© D.Lintz

Mozarire


De ma vieille boîte à souvenirs
Quelques mots se sont échappés
Ils me reviennent comme un soupir
D’une mère à l’enfant que j’étais

Ils sentent bons la chandeleur

A mardi gras c’est carnaval
Elle souriait dans son chandail
« Déguise-toi donc c’est pas banal
en coin de rue, en soupirail »

Des mots qui chantent des mots à rire

Arrivent avril et ses poissons
« Va donc chercher l’marteau
à enfoncer l’clou des saisons »
Le village sourit dans mon dos

« Poisson d’avril pour l’imbécile »

Il serait bien tombé d’la lune
Ce doux rêveur à l’âme blanche
Tourne la roue de la fortune
Il connaissait la paix des anges

« Chante-sonne crécelle »

Deux nids de paille dans le jardin
Un lièv’de pâques au p’tit matin
Le frêle enfant aime sa maman
Dans un des nids … la clé des champs

© D.Lintz

Rencontre


Voix vivantes
Voix d’au-delà
La tienne est là
Plantée dans nos ventres

Claire comme la source là-bas
Sa chaleur nous enchante
Donne le « la »
Dans ce monde contrebande

Près d’Aubenas
Sur la place bruyante
Au milieu de tes gars
La foule t’aimante

Assis à quelques pas
Les amants te contemplent
Dans tes yeux un éclat
C'est ton âme qui tremble

Seuls dans leur anonymat
Ils rêvaient de t’entendre
De partager avec toi
La montagne apaisante


Hommage à Jean Ferrat
Antraigues sur Volane
Ardèche - 1998



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Ecouter la poésie "Rencontre"

Riches de terre


Nous les aristos
Du peuple d’en bas
Notre particule
N’est pas majuscule
Juste un nom commun
Venu d’un métier de mains
Un ancêtre laboureur
On l’appelle Lesemeur
Dans les champs du hobereau
Résonnent encore ses pas

Il marche dans la raie
Trace le sillon
Six chevaux pour un fer
La terre ne se laisse pas faire
Il lui faut ceindre ses reins
Et avancer debout
Le ciel à l’horizon
La joie à l’autre bout
L’homme est en paix
Un bol de soupe, un verre de vin
Il plante la graine d’épeautre
Pas pour lui, mais pour les autres

© D.Lintz

Déméter


Et l’automne se pose
Mille fils tissés de mille gouttelettes
Relient et veillent
Les blés d’hiver en paillettes

Trame argentée froide terre mouillée

Pas un souffle de vent
De longs roulements couvrent
L’éternel silence
De la vallée endormie

Un lointain soleil verse sa lumière blanche

La rivière est grosse, bouillonnante, opaque
Les chemins lourds, défoncés pleins de flaques
Les rouges aubépines, les églantines
Vermillonnent la toile verte de gris
Quelques accents dorés trois branches de gui

Sur l’autre rive, de l’autre côté
L’île aux oiseaux résonne encore
Et des chants du rossignol
Et du printemps de l’amour
Ses flûtes enchantées

Là-bas, le saule « limite »
Attend une visite
L’aulne solitaire
A l’inaccessible t’invite


– Vallée de la Seille –
Pouilly près de Metz



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Ligne-art-Poésie-Fugitive
Fugitive|Photo~poème 25x25 ~ D.Lintz | Exposition Musée de Gorze 2015


Tempêtes


Les tempêtes du ciel
ont mille visages

De montagnes de dunes
en roses des sables
les sables du désert
ne sont plus qu’un mirage

Les tempêtes du ciel
ont mille visages

Sous l’œuvre des vents les coulées de neige se rangent
bâtissent en hautes congères
des cathédrales, des muses blanches

Les tempêtes du ciel
ont mille visages

Un peu de leurs souffles
et les poussières d’étoiles s’aimantent
un souffle à chacun
la vie, la vie dans nos mains

Les tempêtes du ciel
ont mille et un visages

A la fin des orages
naissent des arcs-en-ciel
ils relient la part manquante
à l’Invisible, caché dans nos ventres

© D.Lintz

Dominicale Messine


Novembre sur la ville
Balade pour chasser l’ennui
Un homme place Mazelle file
Voici que je pense à lui

Vieille connaissance
Du temps des cravates-colliers
Vingt ans se sont écoulés
Il garde le sien, je pars en errance

Pensées vagabondes
Et déjà la nuit tombe
Réverbère de l’esprit
Non, non ce n’est pas lui

Quai du Rimport
Longe le bras mort
Le temple s’illumine
L’île aux amours ses cygnes

De bronze, Lafayette le Poilu
Gardent l’esplanade
L’Arsenal est en vue
S’achève la promenade

La guerre s’expose
Les photos nous implosent
On repart défait
Philippe, au pied de l’escalier

A ton bras tout le charme d'Yvonne
Pour toi l'heure de la retraite sonne
Te voilà libre à présent
De penser, d'agir autrement


– Metz –
« De surprise en surprise »
Pour nos amis Philippe et Yvonne



                 © D.Lintz


Ligne-art-Poésie-L'alisier blanc
L'alisier blanc|Photo~poème ~ D.Lintz